Hello, collègue écrivain ! Pour cet épisode 3 du podcast, c’est ma communauté Instagram qui a choisi la thématique, et nous allons parler du choix du point de vue pour son roman. Je ne vais pas définir les différents types de point de vue, j’ai déjà un article à ce sujet et je mettrai le lien dans les notes du podcast, mais je vais quand même te faire un rappel rapide avant de commencer. En revanche, je voulais répondre aux questions qui me sont posées le plus fréquemment sur la thématique des points de vue.

Dans l’épisode, je t’ai parlé d’un concours : le gagnant sera annoncé au début de l’épisode 4, le 22 février !

Mini rappel : les différents points de vue et leurs spécificités

Dans le cas l’écriture de roman, plusieurs choix sont possibles : le narrateur omniscient, externe, et interne.

  • Le narrateur omniscient, c’est celui qui sait tout. Un peu comme Dieu, ou la NSA si on veut, il peut à la fois entrer dans la tête des personnages et lire leurs pensées, et dézoomer pour nous montrer un paysage, une ville, une bataille, comme s’ils étaient filmés par un drone … L’inconvénient principal est le dosage, mais on va en parler tout de suite.
  • Le narrateur externe, a contrario, ne sait rien. Impossible de rentrer dans la tête de qui que ce soit. On peut le comparer à une caméra au cinéma : elle ne peut que voir le visage et le corps des acteurs, et entendre leurs paroles. Ce seront les seuls moyens de connaître les pensées des personnages et leurs réactions. L’inconvénient est donc qu’il va falloir montrer par des actes et des paroles les pensées et ressentis des personnages.
  • Enfin, dans le cas d’une narration interne, on est à l’intérieur de la tête du narrateur, mais seulement la sienne. Comme un jeu vidéo à la première personne : on voit ce qu’il voit, on sait ce qu’il sait, et on accède à ses pensées et ressentis. C’est un bon moyen de créer un lien fort avec ce narrateur puisqu’on va vivre et ressentir avec lui sur des centaines de pages. Mais les inconvénients de la narration externe s’impliquent aux autres personnages.

 

Comment gérer des points de vue multiples ?

On commence tout de suite avec une question que l’on me pose presque chaque semaine sur les réseaux : comment gérer les points de vue multiples ?

C’est là qu’intervient une notion importante, qui est celle du contrat avec le lecteur.

Ecrire un roman, c’est passer un contrat avec le lecteur pendant les premiers chapitres, et s’y tenir tout au long du livre. En d’autres termes, tu ne peux pas écrire 25 chapitres du point de vue du héros et changer au chapitre 26 sans raison, mais dans les premiers chapitres, tu peux …

  • alterner un narrateur interne et un narrateur externe
  • alterner différentes époques, un rêve et la réalité … avec des points de vue différents
  • faire un prologue en narration omnisciente et partir sur un roman au point de vue interne …

Quand je dis les premiers chapitres, ce n’est pas forcément LE premier chapitre. Dans son polar Pars vite et reviens tard, Fred Vargas n’introduit le héros qu’au chapitre 4 !

Mais, ça fonctionne. Pourquoi ? Parce que le contrat avec le lecteur commence … hé bien, dès la couverture. En regardant la couverture, je vois que Pars vite et reviens tard est un polar – d’ailleurs, les premiers chapitres commencent par des annonces de l’apocalypse. Donc je me doute bien qu’à un moment, je vais me retrouver dans la peau de l’enquêteur ! Et c’est plutôt réussi :

C’est ce que j’entends par contrat avec le lecteur. Montre-lui dans les premiers chapitres comment va se passer ton roman.

Par exemple, dans le premier tome du Trône de Fer, chacun des quatre premiers chapitres est raconté par un narrateur différent. Quand j’ai lu ces passages, je me suis dit, OK, pas de problème, et je n’ai donc pas été surprise quand d’autres narrateurs ont débarqué à la fin du tome ou dans les suivants.

Points de vue multiples : qui parle ?

Tu as peut-être déjà vu ce conseil : dans le cas de points de vue multiples, on doit savoir qui parle dès la première ligne.

Quand on est un jeune auteur, on peut avoir du mal avec ça. Mon conseil numéro un serait : écris d’abord, et tu verras ça lors des corrections. Néanmoins, voici quelques petites astuces :

  • Dans le cas d’une narration au « il », tu peux tout simplement caser le nom de ton personnage dès le début, comme dans les extraits de Fred Vargas ci-dessus. Pas besoin de chercher midi à 14h (si cette expression se dit toujours en 2021).
  • Dans le cas d’une narration au « je », de nombreux éléments peuvent montrer qui parle : le sexe du narrateur, le lieu où il se trouve, le vocabulaire qu’il emploie. Ou encore le style si tu l’as adapté au point de vue, mais ça, on en parle juste après.
  • La technique du Trône de Fer : chaque chapitre porte le nom du narrateur. Sansa, Arya, Tyrion … Et hop, problème réglé.  Dans la Horde du Contrevent d’Alain Damasio, qui est écrit au « je », il a fait de même avec des symboles. C’est déroutant, car il est impossible de les retenir, mais après quelques pages, on s’y fait !

 

Est-ce que je peux changer de point de vue en cours de route ?

Pour faire simple, je t’ai parlé de contrat avec le lecteur, et maintenant, on va parler de comment rompre le contrat !

Car oui, c’est possible. Si je me permets une métaphore un peu risquée, je dirais que le contrat avec le lecteur est comme un contrat de mariage, il faut le rompre pour une bonne raison, et dans ce cas, le lecteur devrait le voir venir.

J’ai choisi comme exemple le livre de science-fiction Espace Lointain de Jaroslav Melnik.

A la page 308, on change de narrateur après un livre entier raconté au point de vue interne, celui de Gabr, le héros, entrecoupé de quelques éléments comme des coupures de presse, des journaux intimes ou des poèmes, mais sans jamais changer réellement de point de vue. Comment c’est possible ?

Début du roman : narration interne en haut, extrait de journal intime en bas

Page 308 : C’est Nathalie qui raconte. 

 

Le fil rouge

Là, j’aimerais te donner une image que je donne régulièrement à mes coachés, au sujet du fil rouge dans un roman – une révélation, un changement brutal, ou une découverte par exemple, ça se prépare.

Pour te donner une image, j’aimerais que tu voies ton roman comme un verre d’eau, et le fil rouge, la révélation, le changement … comme de la grenadine que tu y verserais. En haut du verre, on voit à peine les gouttes, mais il y en a. En revanche, plus on s’approche du bas du verre, plus il y a de grenadine. C’est pareil avec ton roman. Les changements fonctionneront s’ils sont amenés, goutte à goutte, puis progressivement !

C’est ce que fait Melnik :

  • les extraits de journaux, etc. arrivent petit à petit dans le roman, puis prennent une place grandissante, ce qui fait qu’on n’est pas surpris quand c’est carrément un autre personnage qui raconte
  • et ce changement de point de vue arrive au moment d’une grande révélation pour le narrateur, qui remet en perspective toute sa vie !

 

Lisbeth Salander qui disparaît

Un point de vue peut aussi cesser d’apparaître dans un roman, parce que le personnage est mort, ou parce qu’il a quitté l’intrigue, tout simplement. Mais on peut aussi mettre un point de vue en pause !

Dans le tome 2 de Millénium, de Stieg Larsson, l’intrigue est racontée depuis le début au point de vue interne des personnages principaux, Mikael et Lisbeth, et de quelques personnages secondaires de temps en temps.

Pourtant, en plein milieu du tome 2, Lisbeth disparaît pendant de nombreux chapitres, alors que l’auteur a toujours utilisé son point de vue. Pourquoi, et est-ce que ça pose un problème ? Pas du tout ! Dans l’intrigue, la jeune femme est au coeur d’un immense battage médiatique, et tous les autres personnages parlent d’elle et la cherchent. Sa réaction est de se cacher, et de disparaître, ce que fait littéralement l’auteur.

C’est un bon exemple à mes yeux, qui montre plusieurs choses :

  • Les points de vue peuvent être un prolongement de l’intrigue
  • Et on avait parlé d’ajouter de nouveaux points de vue, mais pas d’en mettre certains en pause : c’est également possible !

 

Dois-je adapter mon style au point de vue et comment faire ?

J’aurais aussi pu te citer Millénium, où la narration du point de vue de Lisbeth, qui est une hackeuse pas très bavarde, est bien moins volubile que celle de Mikael, qui est journaliste, curieux et observateur. Mais pour changer – car je cite trèès souvent Millenium dans mes contenus ! – j’ai choisi un extrait du thriller La nuit des cafards de Dean Koontz.

Ai-je vraiment besoin de préciser que le premier extrait est du point de vue d’Hilary, une femme sans problèmes, et le deuxième, de l’assassin qui va tenter de la tuer ? Les phrases sont réduites, le vocabulaire change.

Ces extraits sont également intéressants car il n’y a pas que le style qui identifie les personnages, il y a également leurs ressentis, leurs souvenirs, leur façon de voir les choses. L’assassin est accablé par des bruits qu’il entend dans le noir, tandis qu’Hilary s’intéresse au vert de sa pelouse, aux roses, et fait le bilan de sa carrière d’actrice.

 

La question qui revient le plus souvent : comment choisir le point de vue de son roman ?

Dans l’article dont je t’ai parlé, je donne les avantages et inconvénients des différents points de vue un peu plus en détail. Mais la question que l’on me pose souvent est : mon roman est comme ceci, avec cette spécificité, et donc comment choisir.

A ce sujet, j’ai une réponse simple : écrire. Teste les points de vue qui t’intéressent, et vois celui avec lequel tu es le plus à l’aise. On aura tout le temps de rectifier le dosage et les petites erreurs lors des corrections. Je sais que le choix de point de vue est un sujet épineux, sur lequel les auteurs en herbe se mettent la pression car il va falloir tout réécrire en cas de changement. Mais je suis persuadée qu’au bout de quelques pages, tu sauras si ce point de vue te convient. Plutôt que d’élaborer une logique millimétrée et te retrouver avec un point de vue que tu n’aimes pas spécialement, n’oublie pas que si tu t’amuses à écrire, le lecteur s’amusera à lire !

Et si tu as encore des doutes, je te conseille de proposer un extrait de ton roman sur la plateforme de bêta-lecture de l’école : jecrisunroman.fr

A bientôt !

Pour aller plus loin :

TerminAuteur – Ecrire le premier jet de son roman … jusqu’au bout, le cours de l’école qui aborde les choix de narration, le temps, les mécanismes narratifs, l’organisation en chapitres … et la motivation !

Choisir le point de vue de son roman

Comment écrire le début de son roman