Dans cet épisode du Café des Auteurs, j’ai eu le plaisir d’interviewer Fanny André, avec qui j’avais déjà échangé lors du Live Agent Littéraire (lien à la fin de l’article). J’avais très envie d’en savoir plus sur son parcours impressionnant car en quelques années, elle a publié de nombreux livres dans des genres aussi variés que l’urban fantasy, la romance et le feelgood ! Nous y parlons de ses livres, de son quotidien d’autrice publiée, mais aussi de ses conseils pour auteurs débutants.

Hello Fanny ! Peux-tu nous en dire plus sur toi ?

J’écris depuis longtemps et je suis publiée depuis 2014 ou 2015, dans plusieurs genres : fantastique, romance, contemporain… chez plusieurs éditeurs.

 

Peux-tu nous parler de ta première publication ?

J’ai recommencé à écrire en 2010, à me renseigner, à écrire des histoires… Je suis allée sur des forums d’écriture*. C’était une bonne aide pour trouver des bêta-lecteurs. J’ai également beaucoup lu sur comment envoyer ton roman, écrire la lettre à un éditeur …

A ce moment-là, il y a eu plusieurs concours d’écriture, quasiment en même temps, et comme je suis quelqu’un d’un peu fou, j’ai participé à 3 concours d’écriture en même temps ou presque !

Il y avait un concours d’écriture chez Laska éditions, j’ai participé et je suis arrivée première. C’était un concours de nouvelles où les abonnés qui votaient.

Il y avait un concours chez HQN (Harlequin) avec un thème imposé, pour lequel j’ai écrit une histoire exprès. J’ai eu le prix des internautes et suis arrivée deuxième, donc ne pouvais pas être publiée. On m’a proposé une publication avec Librinova mais j’ai refusé car c’était trop proche de l’autoédition.

J’ai fait un troisième concours chez un éditeur qui a fermé, Numériklivres. J’ai envoyé un roman dans la catégorie romance. Je suis arrivée première.

J’ai été publiée pour deux de ces textes, et pour le texte d’Harlequin il a été publié plus tard chez Bragelonne.

 

Tu as bien enchaîné !

Oui, une consoeur autrice conseillait les concours d’écriture pour se lancer sur un texte court par exemple. Charleston en fait, Gallimard aussi … ce peut être un bon début !

C’est comme ça que tout a commencé pour toi !

Oui ! Les nouvelles et novellas sont compliquées à placer en plus, je me disais que je n’en ferais jamais rien. C’est Florence, une copine éditrice, qui m’avait conseillé le label Milady chez Bragelonne, et j’ai eu une réponse en deux semaines. Sûrement parce que j’avais marqué que j’avais été « coup de cœur » dans le concours.

Ils m’ont donc dit oui pour celui-là, et pour un autre livre que j’avais envoyé six mois avant. Ils ont également étudié un YA (jeune adulte) que je n’ai pas sorti chez eux finalement.

Ta première année de publications a été chargée !

Oui, ça a été un tunnel ! Surtout les corrections éditoriales, que je ne connaissais pas, en plus avec des éditeurs différents donc des process différents…  Tu dois t’adapter ! Mon éditrice chez Milady était très gentille donc ça s’est bien passé. Et certains des textes étaient courts donc ça allait !

Les premières corrections éditoriales sont une grande première pour nous, ça devait être assez stressant !

Pour mon livre Premier rôle, avec l’éditrice, on s’était dit que ce serait sympa d’en faire des séries. On a donc découpé le roman parce qu’il était assez long, un épisode était publié chaque mois pendant 4-5 mois.

Tu n’as pas l’air d’avoir été trop traumatisée non plus par cette période.

C’est vrai que quand tu as signé pour un bouquin, c’est déjà moins compliqué d’aller démarcher un éditeur. Il sait que tu as déjà fait des corrections éditoriales, que tu tiendras les délais…

Que tu es prêt à travailler sur d’autres livres …

Oui, dans mon cas j’avais 4-5 textes qui étaient prêts.

Il y avait un autre concours que j’ai fait juste après sur une romance, un type bien particulier qui s’appelle le New adult et du coup j’étais partie pour participer. Je suis entrée en contact avec Hachette au téléphone. On a échangé sur un autre texte qui les intéressait et on l’a signé. Je pense qu’ils sont rassurés si la personne a plus d’un texte à son actif.

Cela rassurera les auteurs à mon avis !

Je dirais que par contre pour les sagas c’est plus compliqué. Là, il s’agissait d’un one shot à chaque fois !

Une saga, c’est risqué pour les éditeurs.

A mes débuts, je comptais écrire une saga en trois tomes ! Je me souviens de mes débuts sur les forums d’écriture où on était très nombreux à faire ça !

Oui, on en a discuté dans l’épisode avec Tiphs : il faut de l’énergie pour écrire x tomes, les corriger !

On ne se rend pas compte du travail que c’est juste pour un tome. Pour les éditeurs, il y a toujours des déperditions de vente d’un tome à l’autre, et ils prennent ça en compte pour choisir ce qu’ils vont publier.

On ne veut pas vous décourager d’écrire une saga …

Mais ce ne sera pas le plus simple à publier, surtout en tout premier !

Cela dit toi tu as écrit une saga de fantasy, tu peux nous en parler ?

Oui, elle s’appelle Bane Seed. C’est de l’urban fantasy : elle se situe dans un contexte actuel, mais avec une mythologie arthurienne, celte … avec une héroïne qui vit aujourd’hui, regarde Buffy …

J’ai écrit le premier tome, mais j’ai eu du mal à le placer car je ne savais pas combien de tomes j’allais faire. J’ai commencé en 2014 et l’ai soumis à partir de 2015 en maison d’édition.

C’était rapide !

Mon pari là-dessus était de donner un côté sériel. Je voulais des épisodes courts, de l’action, du punch, comme un épisode de série. Chaque livre se déroule sur quelques jours maximum. Il y a des gens qui apprécient de lire ça entre deux pavés de fantasy !

Je trouve ça très original, et actuel par rapport à la fantasy classique.

Mon personnage est plusieurs fois centenaire, mais elle mange des sushis et regarde Walking Dead, parle comme un charretier… C’est un parti pris qui a pu déranger au début : elle est punchy, sarcastique, presque antipathique. Elle est injuste, critique, se moque … et on la voit évoluer sur les 6 tomes.

C’est là qu’on voit toute la variété de l’imaginaire, de ce type de roman à Tolkien, etc. c’est si varié !

Je voulais intégrer des éléments mythologiques, celtes irlandais, bretons, il y a Merlin, Morgane, les leprechauns, des éléments que l’on trouve seulement en basse Bretagne et haute Bretagne… Je n’ai pas grandi avec Tolkien, je ne pense pas que je me serais orientée vers ce style. Dans mon premier tome, j’étais presque parodique. Petit à petit, l’univers s’est complexifié.

Je ne me serais pas lancée dans un univers aussi complexe que la Passe-Miroir dès le début !

Chez Pierre Bottero, l’univers est très simple au début et se complexifie au fil des romans.

Sur Bane Seed, dans les 3 premiers tomes, je présente surtout les personnages et je situe l’action, je présente l’univers car il est découpé en six terres avec des landes fantastiques. Dans les 3 tomes suivants, j’ai mis en place l’intrigue secondaire, qui explique pourquoi j’ai réuni ces personnages, quelle est leur quête.

Tu as beaucoup écrit dans notre univers, pourquoi avoir choisi un univers imaginaire cette fois-ci ? Parce que tu aimes ces mythologies celte et arthurienne ?

Oui, et aussi parce qu’en urban fantasy ce sont souvent des univers anglo-saxons, j’avais envie de situer l’intrigue en France ! Même si j’ai un projet qui se passe à Londres, si je l’écris un jour … je ne suis pas contre ce qui est anglophone mais je souhaitais vraiment me démarquer !

Le folklore breton, il n’y a que nous qui pouvons l’exploiter !

Au départ, pour le young adult c’était difficile d’être publié. Depuis, ça a un peu changé. J’ai donc commencé par l’urban fantasy vu que j’aimais bien le fantastique. A un moment, on ne trouvais du fantastique en young adult nulle part !

On en parle d’ailleurs dans le live avec toi, Gabrielle et et Célia : on disait de se renseigner sur les tendances actuelles, au cas où on aurait le bon roman dans les tiroirs !

T’est-il arrivé d’écrire plusieurs genres en même temps ?

Pour les Bane Seed, je les écrivais assez vite, mais cela m’arrivait tout le temps de jongler d’un projet à l’autre ! J’en parle souvent sur Instagram.

A ma petite échelle, c’est compliqué de passer de mon roman au livre de développement personnel !

Je pense au ton aussi, qui peut être différent d’un roman à l’autre. Quand j’ai écrit Pour le sourire d’Isabelle, le ton était plus recherché vu que le personnage a 80 ans, l’ambiance plus contemplative, le niveau de langue va avec … je n’aurais pas pu passer sur Bane Seed !

Après, je lis souvent plusieurs livres en même temps, donc cela peut aider ! Sauf si le livre est excellent, et que je le dévore d’un coup.

Quels auteurs t’inspirent ?

Quand j’étais ado, Francisca Lia Block, qui écrivait dans de nombreux genres, du young adult, du contemporain, du fantastique …

A 15 ans, j’ai eu une boulimie de lecture et j’ai beaucoup lu, Harry Potter, Pullman … et plus tard j’ai lu des romans de feelgood comme L’élégance du hérisson qui m’ont marquée. Comme l’écriture, j’ai des phases où je lis surtout un genre.

 

 Parmi ces genres différents, y a-t-il des thématiques récurrentes ?

J’ai beaucoup de personnages féminins, le féminisme à ma manière… dans mes young adult aussi, le féminisme apparaît sous différentes manières. Par exemple, dans Graff Cœur l’héroïne est graffeuse, ce qui est un univers plutôt masculin.

C’est une romance où c’est elle qui agit, va essayer de reconquérir son amour perdu … ce sont souvent des héroïnes fortes.

Badass ?  

Je ne dirais pas badass car dans Pour le sourire d’Isabelle, l’héroïne a 80 ans, mais le livre parle de thématiques féministes parce que je parle du fait de ne pas vouloir être mère dans une société où tout le monde te « l’impose »… La famille, la parentalité reviennent souvent aussi car je suis maman !

Quand on a un sujet qui nous tient à cœur, on essaie de le caser dans nos écrits !

Je suis aussi un peu boulimique sur les sujets qui vont me passionner. Je n’ai encore rien dit sur le végétarisme, l’écologie …. Ça pourrait !

Les auditeurs du Café des auteurs sont surtout des auteurs en herbe ou en devenir. Du coup on se pose plein de questions sur ton processus d’écriture, comment ça se passe … Est-ce que tu prépares tes livres avant de les écrire ?

 Au début, je les écrivais au fil de la plume. J’avais une idée de base, un fil de fond, et j’avançais.

Quand j’ai parlé avec Hachette, ils m’ont demandé le synopsis et à l’époque il n’était pas écrit.

Après, j’ai fait des livres sur commande, j’ai appris à écrire le synopsis, voire le détail des scènes, et même à déjà y intégrer des dialogues. ça a été super formateur et aujourd’hui j’ai arrêté d’écrire au fil de la plume.

C’était aussi trop de temps perdu parce qu’en fait je me retrouvais toujours avec des trucs à supprimer, des choses qui n’allaient plus… et je perdais du temps à retravailler.

Pour un roman que j’écris en ce moment, j’ai fini par écrire le synopsis pour gagner en clarté.

Pour écrire le synopsis, de nombreuses techniques existent comme la méthode flocon, qui ne me convient pas forcément. A chacun sa méthode ! D’ailleurs, j’écris chronologiquement, ce qui n’est pas le cas de tout le monde.

Je ne l’ai pas encore vraiment évoqué mais je suis devenue autrice professionnelle depuis, un peu par hasard après ma deuxième grossesse.

Par la force des choses je cherche donc plus de rentabilité dans l’écriture. On n’aime pas ce mot en tant qu’auteur, mais si tu veux en vivre mieux vaut être sûre de placer ton livre ensuite, avoir un synopsis… Je ne peux pas aller voir un éditeur avec juste une idée et le convaincre de signer !

On apprend petit à petit : mon agent a une éditrice freelance qui peut me faire des retours sur le synopsis.

Et plus tu écris, plus tu es à l’aise avec ta façon de préparer !

Quand je travaillais en romance, j’avais l’impression que c’était devenu trop routinier, que j’avais besoin de changer, d’écrire moins de romance et de passer au contemporain. J’avais peur de tomber dans la facilité, des tics … j’ai préféré passer au contemporain pour me donner un challenge.

Pour certains auteurs, ils pourraient rester sur le même genre toute leur carrière, moi je serais capable d’aller faire un thriller pour juste pour voir si j’y arrive !

A ce propos, d’autres genres t’attirent ?

Les thrillers m’attirent mais je pense qu’il faut lire le genre que tu veux écrire. Tous les auteurs ne le conseillent pas mais si tu ne lis jamais le genre dans lequel tu écris, tu risques de ne pas être pertinent.

J’ai lu peu de polars ou de thrillers, plutôt des livres assez anciens, des Agatha Christie… ce qui n’a rien à voir avec les polars actuels !

Imagine que tu trouves que t’as une idée super alors que tu es en train de refaire les Royaumes du Nord de Pullman, c’est dommage ! Il faut quand même savoir un peu ce qui se fait, lire dans le genre en question.

Les éditeurs le recommandent d’ailleurs ! L’éditeur d’Aux forges de Vulcain par exemple. Cela permet de maîtriser le genre et ses codes !

Si tu écris un roman de fantasy où le héros est fils de forgeron et va connaître un destin incroyable, il y a des risques que ça ressemble à Eragon … bien sûr on a tous une personnalité propre et des expériences qui nous différencieront des autres auteurs, mais il faut maîtriser le genre pour le réinterpréter à notre sauce. Un cuisinier qui ne s’intéresserait pas à ce qui se fait, ça semblerait bizarre, c’est pareil pour les romans !

Pour ma part je lis beaucoup de polars alors que j’écris de la fantasy et cela m’a beaucoup appris sur le rythme, le suspense, l’atmosphère …

Cela t’apprend plein de choses même si c’est pas ton genre. Certains auteurs disent qu’ils n’ont pas le temps de lire parce qu’ils écrivent trop. Moi aussi, ça peut m’arriver, mais je pense que c’est un piège car la lecture va te nourrir, faire partie de la création, voir ailleurs.

Comment se passe ton quotidien d’autrice ?

Comme je ne fais plus que ça, j’écris normalement quand mes filles sont à l’école. Au tout début, ou avant d’être maman, j’écrivais le soir, je faisais aussi des espèces de marathons d’écriture que je ne peux plus du tout faire ! Petit à petit j’ai pris le rythme, quand mes filles étaient à la crèche. Je me suis organisée pour écrire quand elles ne sont pas là, c’est un peu une vie de bureau !

Certains auteurs « attendent la muse », moi pas trop, je trouve toujours quelque chose à écrire quand je m’y mets !

Je pense que cette discipline se construit petit à petit.

Je parle souvent de routine d’écriture car cela permet de créer cette discipline, de nous mettre en « mode écriture ».

Je n’ai pas l’angoisse de la page blanche en effet. Vu que l’écriture est devenue mon métier, je passe du temps sur la partie communication, les réseaux sociaux… Cela fait partie du job aujourd’hui !

C’est vrai que la routine fonctionne pour tout, ça me fait penser aux choses que l’on fait toujours avant d’aller se coucher pour se préparer à dormir, et ton cerveau est prêt à dormir.

J’ai des playlists par roman par exemple pour me mettre dans l’atmosphère.

C’est vrai qu’avec le Covid je dois plus me « pousser » pour m’y mettre. Du coup je ruse, je commence par une petite recherche pour me mettre dans le bain. Par exemple en ce moment j’écris un roman en rapport avec le hockey alors que je n’y connais rien, alors je regarde des vidéos de hockey sur Youtube… pour me faire une idée avant de commencer.

Effectivement j’aime bien trouver les astuces qui rassurent ! Regarder des vidéos c’est une bonne idée.

J’avais une consoeur qui notait les derniers trucs sur lesquels elle avait buté, puis le relisait avant d’écrire. Je vois vraiment ça comme une habitude à prendre.

Sur Bane Seed, je regrette de n’avoir pas assez noté, car quand j’ai dû m’y remettre quelques années plus tard il me manquait des éléments !

Quel conseil tu donnerais à de jeunes auteurs qui hésitent à se lancer ?

Ne pas viser le premier jet parfait. C’est un coup à ne jamais finir !

On n’est pas tous capable de finir un roman en un mois comme dans le cadre du NaNoWriMo, mais se bloquer sur une forme parfaite alors qu’en fait dans la réalité quand tu écris un bouquin, dès que tu vas voir un éditeur, tu vas apporter des corrections. Pour Son plus joli défaut, l’éditeur m’a demandé à avoir plus de contexte au départ. Du coup j’ai réécrit 4 chapitres que j’ai dû inclure au reste … Sur Graff Cœur, j’ai dû supprimer un chapitre entier, sur d’autres projets aussi … donc c’est dommage si tu es braqué sur chaque scène comme si c’était la scène de ta vie alors qu’elle sera peut-être modifiée, voire supprimée.

Pour moi c’est un ensemble, un roman, chaque ligne n’est pas obligée d’être parfaite !

Je dirais aussi de ne pas penser que les auteurs écrivent, en dehors de tout… on s’inspire forcément de ce qui se fait ailleurs !

Ce n’est sûrement pas le premier roman qui sera édité. Cela fait mal au cœur, mais c’est vrai.  Chez Marie Vareille par exemple son premier roman n’est toujours pas édité alors qu’elle est très connue ! Les miens, c’est pareil, même si une amie avait aimé l’un des miens, je suis sûre qu’il y a des trucs qui ne vont pas ! Les premiers bouquins c’est souvent juste des brouillons, tes premières armes… ce sera plus simple d’éditer les suivants.

Je conseille aussi de se faire bêta-lire, de ne pas rester tout seul dans son coin. Il te faut un bêta-lecteur qui va te remettre les pendules à l’heure, te dire « ce passage est joli mais il ne sert à rien ».

Il n’y a que l’auteure de la Passe-miroir qui a envoyé son premier roman à Gallimard et a été éditée !

Quand on est en plein dans notre roman, on n’est pas forcément objectif.

Pour moi la bêta-lecture est indispensable ! Aiguiser son œil pour se bêta-lire et bêta-lire d’autres lecteurs est extrêmement formateur. Nos proches n’auront pas ce niveau de relecture.

Marie Vareille disait à ses proches qui la bêta-lisent : pour chaque compliment, tu dois me faire une critique !

Se faire lire par ses proches ne permet pas toujours de recevoir des commentaires constructifs, il faut que ces proches soient pertinents.

Il n’y a que quand tu écris que tu commences à te poser des questions sur les structures, le rythme, les voix …

 Quand tu as la chance d’être édité, tu en apprends aussi sur les tics d’écriture, les personnages que tu croyais distincts et qui en fait sont proches …

Mais surtout, c’est un travail solitaire ! Cela peut être décourageant. Sur les forums d’écriture, de nombreux auteurs se décourageaient. C’est grâce à mes consœurs d’écriture que j’ai gardé la motivation, envoyé mon manuscrit à Bragelonne ….

Je dis souvent à mes élèves qu’un écrivain n’a pas de machine à café où échanger avec des collègues ! Je propose des sessions d’écriture collectives et souvent les auteurs sont réticents au départ, puis adorent ensuite.

Tout le monde ne peut pas faire un NaNoWriMo : j’ai une consoeur qui disait qu’elle avait écrit un livre dans le cadre du NaNo et ne savait pas quoi en faire. Mais c’est vrai qu’il faut s’entourer !

Nadia Coste disait : la première signature avec un éditeur c’est une chose, après il y a tout le reste ! Le parcours éditorial n’est pas toujours facile, un bouquin qui plante, un éditeur avec qui ça ne se passe pas si bien que tu le l’espérais, des retours négatifs sur ton livre … si tu es isolé, c’est violent.

La confiance en soi est déjà tellement fragile quand on est un jeune auteur qui ose se lancer, les retours des éditeurs peuvent être difficiles à recevoir. C’est tellement dommage si on n’a personne à qui partager ça. Comment a évolué ta confiance en toi ?

C’est drôle car de l’extérieur, on doit se dire que j’ai des éditeurs, des projets… que c’est facile pour moi !

Alors qu’en fait ça c’est l’extérieur !

 Je pense qu’on est tous comme ça, je regardais le post d’une conseur qui a signé des bouquins, des traductions à l’étranger … tu as parfois des moments où tu as l’impression d’être à terre, de  ne pas y arriver, de galérer alors que tout le monde trace autour de toi …

Une copine à qui je disais « mais toi tu connais de vraies autrices » m’a répondu « toi tu n’es pas une vraie autrice ? »  Je lui ai dit « mais elle a des prix… » alors qu’en fait elle est éditée chez J’ai Lu, comme moi ! Le syndrome de l’imposteur est toujours là, même quand tu es édité. Je regarde les autres en me disant « lui il a l’air de mieux vendre », « lui il a une plus grande communauté », « lui il sort des bouquins plus vite »… Je pense que ça ne s’arrête pas ! Il m’arrive encore de ne pas me sentir crédible. Bien sûr, j’ai quand même évolué et gagné en confiance mais je pense qu’on réagit tous ainsi d’une certaine manière, avoir peur, se dire qu’on sera un vrai auteur quand on aura un prix ou écrit un bestseller …

Je vois aussi que ma confiance a évolué au moment des corrections éditoriales, je vais mieux réussir à discuter, à défendre certaines choses dans le roman face à l’éditeur.

J’ai posé la question à Célia Flaux, avec qui on a fait le live Agent littéraire, et elle m’a dit exactement la même chose ! « quand j’aurai un prix… », etc ! Je trouve ça fou. J’ai déjà coaché une autrice qui avait écrit une quinzaine de livres et manquait de confiance en elle. Cela peut nous arriver à tous !

Pour moi c’est lié à l’écriture : tu ne peux pas appliquer une recette que tu connais par coeur !

C’est Virginie Grimaldi, pourtant l’autrice la plus vendue en France je crois, qui disait avoir peur à la sortie de son prochain roman ! Alors qu’elle n’a plus rien a prouver. 

Et je ne suis pas à plaindre. Je le dis très honnêtement, il y a des mois où je gagne bien plus que le SMIC, d’autres où je n’atteins pas le SMIC. Et tu as toujours un décalage entre le moment où le livre est publié et celui où tu touches les droits d’auteurs ! L’année 2020 a été difficile pour les auteurs, aussi, notamment ceux qui se sont lancés comme Cordélia qui en parlait justement sur Instagram.

Samantha Bailly en parle beaucoup sur sa chaîne Youtube.

Le système éditorial devient de plus en plus compliqué, la négociation, etc. sans compter le bouchon éditorial dû à la situation sanitaire.

Peux-tu nous parler de ton dernier roman ?

Il s’appelle Son plus joli défaut et parle d’une femme qui se retrouve à élever sa fille parce que le papa est parti. Elle est autrice et on va adapter son bouquin à l’écran donc avant d’en arriver là toute la partie il faut faire un synopsis après il faut convaincre des producteurs tout ça donc c’est ça qui est en jeu il y a un scénariste qui va s’occuper de l’adaptation.

Pour le sourire d’Isabelle était sur le fait de vouloir ou pas devenir mère, là c’est plus sur la féminité quand tu as été maman. C’est une romance avec un parti pris réaliste, avec une maman qui est fatiguée, qui a un enfant qui ne fait pas ses nuits… et qui va vivre une histoire d’amour qui n’était pas prévue, elle n’a pas le temps ! Elle n’a déjà pas le temps de faire sa lessive, alors être amoureuse … C’est un parti pris pour décomplexer, dire aux mamans qu’elles font leur max ! Décomplexer leur corps aussi, qui est ce qu’il est même avec des vergetures et des cernes.

Merci beaucoup pour ce live Fanny, c’était très intéressant ! et cela permet aux auditeurs de voir qu’être publié est possible.

Oui, et sans réseau, sans connaître qui que ce soit dans l’édition… Il faut envoyer ses bouquins, pas trop tôt bien sûr, bien les finir, mais après on peut tout à fait convaincre des éditeurs sans connaître personne. Bien sûr il ne faut pas non plus envoyer du rêve, sur l’argent … mais si vous le voulez, vous allez faire votre chemin. Il faut être le premier à croire en ses romans !

Merci Fanny pour ce très beau mot de fin !

 

Le site de Fanny : http://www.fannyandre.fr/

Son compte Instagram : http://instagram.com/fannyandreautrice

Ses livres : https://www.placedeslibraires.fr/listeliv.php?base=paper&mots_recherche=fanny+andr%C3%A9

 

*je cite divers de ces forums sur cette page : https://grassforpillow.fr/ecrire-un-roman/ameliorer-ecriture-beta-lecture/

Fanny a parlé de Cocyclics qui est un forum spécifique aux genres de l’imaginaire.