Hello, collègue écrivain ! Dans cet épisode du Café des Auteurs, je reçois Betty Piccoli, qui entre ses romans jeunesse, young adult et adulte, ses livres dont vous êtes le héros, arrive à défendre les droits des auteurs au sein de la Ligue des Auteurs professionnels ! Une autrice multi-facettes que je suis très contente de te présenter. Je tenais également à saluer le courage de Betty qui a contribué à une enquête sur le sexisme dans l’édition et a témoigné dans une table ronde, forte et émouvante, à ce sujet aux Imaginales d’Epinal, où elle a également reçu un prix et fait un discours très touchant. Mais j’ai interviewé Betty avant les Imaginales ! Je te laisse donc avec notre épisode, qui devrait déjà t’apporter pas mal de choses, et réinviterai peut-être Betty pour parler de ces thématiques !

Nous allons parler de :

  • ses débuts d’autrice
  • sa méthode d’écriture
  • de confiance en soi
  • de style d’écriture
  • d’écriture interactive
  • de l’engagement de Betty au sein de la Ligue des auteurs professionnels
  • et de ses conseils pour les jeunes auteurs

Avant de te laisser avec Betty, je t’annonce que ça y est, on peut noter un podcast sur Spotify ! N’hésite pas à me laisser 5 étoiles si tu souhaites soutenir le podcast !

 

Ingrid: [00:01:14] On est avec Betty Piccioli ! Ce que je te propose, c’est peut-être de dire quelques mots sur sur toi et tes livres.

 

Betty: [00:01:32] Je suis autrice. Ça fait un peu plus de 3 ans que je fais ça à temps plein, en activité principale. J’ai pour l’instant sorti 7 livres, principalement en jeunesse et en ado / young adult, dans les domaines de l’imaginaire. La plupart du temps, j’écris aussi des « livres dont vous êtes le héros » des murder party, ce genre de choses. Et à côté de ça, je suis au conseil syndical de la Ligue des auteurs professionnels.

 

Ingrid: [00:02:15] Est-ce que tu pourrais nous dire comment ça s’est passé pour le début de cette belle carrière ? Par quoi ça a commencé, finalement ?

 

Betty: [00:02:33] Ma première publication, c’était AI : Amis imaginaires chez Castelmore en 2018. Ça a été assez long de le faire publier parce que j’ai bien mis deux ans avant d’y arriver. Et puis après, il y a eu quasiment deux ans de latence avant la deuxième publication. Ensuite, tout s’est vraiment pas mal enchaîné.

 

Ingrid: [00:03:10] Tu avais envoyé ton manuscrit à Castelmore ?

 

Betty: [00:03:17] Alors moi j’avais fonctionné avec notamment les Imaginales d’Epinal. J’avais envoyé le manuscrit une première fois à des maisons d’édition jeunesse qui pouvaient être intéressées par ça. C’était un peu spécifique : c’était du fantastique jeunesse, un peu thriller, tout ça. Et j’avais eu plusieurs refus. Argumentés, ce qui est quand même assez rare au final. J’ai ensuite décidé de retravailler le livre en fonction de ces refus-là. Et en fait. Un an après, il y avait les Imaginales et j’ai fait le speed dating pour présenter ce roman à plusieurs éditeurs. Il se trouve que du côté de [00:04:11] Castelmore, [00:04:12] je l’avais déjà envoyé l’année d’avant aux Imaginales et qu’elle ne l’avait pas encore lu. Donc, ça faisait un an qu’il était dans sa boîte mail, donc je lui ai dit « Ça a l’air de vous plaire, ce que vous lisez là pendant le speed dating, donc je peux vous le renvoyer en nouvelle version ». A partir de là, c’est allé assez vite. Elle a mis 3/4 mois à me répondre et à me dire oui. Et du coup, voilà comment ça s’est fait à l’époque pour ce premier livre.

 

Ingrid: [00:04:44] Ça montre que c’est plus efficace de parler directement à l’éditeur et d’échanger avec lui plutôt que d’envoyer le manuscrit de manière anonyme.

 

Betty: [00:05:00] C’est ça !

 

Ingrid: [00:05:04] Et au niveau de tes dernières sorties ? J’ai vu que tu avais sorti plusieurs choses cette année.

 

Betty: [00:05:14] Alors cette année, donc, 2021. En mars, j’ai sorti deux livres chez Larousse jeunesse. C’est des « livres dont vous êtes le héros » pour les enfants qui sont en fait une petite collection qui s’appelle « Dans la peau de », des livres-jeux assez courts avec des énigmes, etc. Donc, il y en a eu deux : l’un sur une danseuse étoile et le deuxième sur un agent secret. Et ensuite, j’ai sorti fin juin un livre auto-édité cette fois-ci, pour les adultes, qui s’appelle Les demoiselles d’honneur préfèrent les kits.

 

Ingrid: [00:06:01] Pour tenir ce planning, comment ça se passe pour toi? Est ce que tu prépares tes romans à l’avance? Est ce que tu te laisses plutôt guider?

 

Betty: [00:06:20] Alors, ça dépend des projets. En 2020 et 2021, j’ai quand même sorti trois bouquins sur commande. C’est à dire des maisons d’édition qui m’ont demandé d’écrire des livresavec un cahier des charges particulier. Donc, la collection avec Larousse jeunesse, c’est ça. « Qui a tué Luna-San », c’était ça aussi. Donc là, forcément, il y a un calendrier qui est défini en avance avec la maison d’édition. Donc il faut s’y tenir. Forcément, c’est de l’écriture un peu contrainte, mais ça fonctionne, même si j’ai tendance à pas mal écrire un peu dans l’urgence. Les derniers jours était compliqués à chaque fois qu’il fallait rendre un manuscrit. Mais, mais bon, au finalement, ça s’est fait. Pour mes autres livres, en 2020 et début 2021, je n’ai pas vraiment pu travailler du coup sur des projets personnels. Mais j’ai quand même « prospecté » auprès des éditeurs pour organiser mon planning pour la suite. Et donc là, je travaille sur la suite de Chromatopia qui s’appelle Robustia et qui du coup et a été signé avec Scrineo. On a travaillé avec mon éditrice le synopsis en amont de l’écriture pour avoir quelque chose de déjà cadré. Et là, je suis en train de l’écrire, jusqu’à fin janvier début février, en comptant un peu les corrections. Ensuite, j’organise la suite de mon planning avec d’autres projets qui vont être de l’écriture de romans à proprement parler. Mais j’essaie quand même d’avoir un seul projet à la fois parce que je n’arrive pas trop à écrire plusieurs livres en même temps. C’est comme ça que je fonctionne.

 

Ingrid: [00:08:28] C’est ce que j’allais te demander car tu écris dans des genres variés ! Tu privilégies un projet à la fois pour ne pas t’éparpiller ?

 

Betty: [00:08:42] Oui. J’ai tendance à ne plus trop savoir où donner de la tête quand j’en ai deux ou trois en même temps. Même si je l’ai déjà fait, mais du coup, je prends souvent un peu moins de plaisir. C’est plus mécanique, donc je préfère me dire « je fais trois mois sur tel projet et puis deux mois sur tel autre », sachant que quand je dépasse, du coup, je je décale la suite. Donc c’est pas forcément toujours évident en termes de planning, mais du coup, c’est mieux pour moi de fonctionner comme ça.

 

Ingrid: [00:09:17] Il est ce qu’il y a une différence entre tes débuts et aujourd’hui ? Par exemple faisais-tu aussi des synopsis ?

 

Betty: [00:09:29] Avant j’étais un peu plus « libre », c’est-à-dire que comme j’écrivais pour moi, s’il n’y avait pas de synopsis vraiment préparé, c’était pas très grave, même si moi, j’aimais bien en faire quand même. J’aime bien préparer à l’avance, mais il y a toujours entre 10 et 30% du bouquin que je n’avais pas planifié à l’avance et qui arrive pendant que je l’écris. Là, c’est toujours le cas. Même si je prépare mes synopsis, il y a toujours des petites surprises, des choses qu’on n’avait pas prévu et qui se rajoutent. Mais du coup, maintenant, c’est plus compliqué dans le sens où il faut que je présente à mes éditeurs quelque chose en amont, d’abouti, avant l’écriture. Après, ça facilite aussi l’écriture parce que ça raccourcit le temps d’écriture. Les corrections sont pas moins importantes, vu qu’on s’est mis d’accord avant sur le contenu. Donc, il y a moins de choses à modifier.

 

Ingrid: [00:10:33] Le côté « équipe » motive peut-être aussi ?

 

Betty: [00:10:43] Oui, c’est différent comme façon de travailler. Moi, j’aime bien ça. Ça a un côté un peu bêta-lecture. J’en ai fait pas mal, donc ça me rappelle ce genre de choses.

 

Ingrid: [00:10:56] Ça m’évoque une question qui est que justement, on avait Aurélie Wellenstein dans l’épisode 10 du podcast, que je crois que tu connais un peu. Elle nous avait dit qu’elle préférait vraiment « écrire la porte fermée à la Stephen King », attendre vraiment avant d’être relue. Est ce que toi, du coup, tu écris vraiment pour toi? Puis vient la phase où tu l’envoies ? Ou est ce qu’il y a quand même un peu une implication de l’éditeur avant?

 

Betty: [00:11:28] Comme Aurélie, j’aime bien finir le livre d’abord. Ou alors finir au moins un arc, par exemple. J’ai quand même besoin de ça après, comme je me relis pas mal au fur et à mesure, mes premiers jets sont assez aboutis puisqu’il y a eu des corrections, pendant le premier jet, de ma part. Mais oui, je préfère quand même être dans mon truc à moi. Ce qui est sûr, c’est que je n’ai pas envoyé chapitre par chapitre à mon éditrice, mais un arc complet ou le manuscrit complet si possible. Je préfère effectivement faire comme ça.

 

Ingrid: [00:12:08] Et c’est quelque chose que l’éditeur te demande ? ou pas forcément ?

 

Betty: [00:12:12] Pour l’instant, j’ai des éditeurs qui ont été assez compréhensifs de mon propre rythme et qui m’ont proposé soit qu’on bosse au fur et à mesure ensemble, soit que je fasse d’abord des blocs ou le livre entier avant d’envoyer. C’est pas toujours évident si la deadline est assez proche, mais pour l’instant, ça s’est plutôt toujours bien passé.

 

Ingrid: [00:12:37] C’est vrai que c’est assez intrigant d’imaginer comment ça se passe une fois qu’il y a le côté « commande ». Même si c’est quand même un travail d’équipe. C’est intrigant, je pense, pour les jeunes auteurs qui nous écoutent, de se dire que c’est aussi possible d’écrire et que dès le début de l’écriture, c’est un projet en équipe, finalement. Au niveau de la confiance, parce que c’est un sujet que j’aime bien aborder, est ce que tu trouves que tu as plus confiance en toi maintenant? Et par exemple, sur ce genre de projet où il y a quand même l’implication d’autres personnes, etc.

 

Betty: [00:13:22] Alors, j’ai une confiance différente et qui va un peu varier selon les périodes. Il y a des moments où ça va, t’es content de ce que tu as fait, etc. Il y a d’autres moments où je me dis que c’est nul. Cela dépend un peu des périodes, et aussi des éditeurs avec qui je bosse. De manière générale, j’essaie quand même de bosser avec des éditeurs et plutôt des éditrices qui sont raccord avec la vision que j’ai de mon écriture, de mon histoire et de mes personnages. Pour moi c’est la base, mais sur des projets de commandes, c’est pas toujours évident parce que ça m’est déjà arrivé de bosser, par exemple, sur un bouquin avec des personnages qui ne sont pas les miens, avec des changements d’éditrice en cours de route, etc. Les choses ont été compliquées pour ce projet. Ça a fini par se finir, je n’ai pas souhaité continuer, parce que c’était trop pénible. Et ça ne me convenait pas du tout, comme façon de travailler ensemble. Donc, là, la confiance n’était pas folle. Parce que quand on remet en cause toi et tes pratiques, ta façon d’écrire… tu te dis ah ouais, quand même. Puis après, tu y réfléchis, tu te dis, « mais attends, en fait, c’est eux qui ont merdé depuis le début sur tel point. Le problème, c’est pas moi, c’est la maison d’édition. Donc bon, écoutez, je m’en vais trouver quelqu’un d’autre. Je vais aller écrire avec des gens qui ont envie d’être avec, d’écrire avec moi ». C’est pas toujours évident à faire.

 

Ingrid: [00:15:24] Fanny André nous disait dans l’épisode 9 du podcast : les jeunes auteurs ont l’impression – et moi aussi je pense l’avoir eue – qu’une fois que tu es publié c’est « bon », tu vas avoir confiance, ça va bien se passer. J’ai vraiment l’impression qu’au contraire, comme tu le dis, tu peux avoir une mauvaise expérience avec une maison, sur un projet, il peut se passer des tas de trucs… Ou tu peux avoir un super projet qui se passe bien, mais qui est mal accueilli par des lecteurs. Aujourd’hui, tout est possible et ça rend notre métier pas facile !

 

Betty: [00:16:00] La question des ventes aussi qui peut te peser alors qu’honnêtement, ça ne dépend pas de nous, mais souvent de la maison d’édition. On ne s’en rend pas vraiment compte, mais une fois qu’on a signé le contrat, il y a plein de choses encore qui peuvent mal se passer et qui ne sont pas du tout dues à l’auteur. En fait, il y a des maisons d’édition qui ne font pas de promo ou le fait que tu sois un jeune auteur fait que pour eux, tu ne seras pas mis en avant. Du coup, on te laisse un peu sur le côté. Éventuellement, peut être, tu auras une bonne surprise et ton livre marchera tout seul. Bref, c’est pas toujours évident.

 

Ingrid: [00:16:39] On ne vend pas trop du rêve, mais en même temps, je trouve que c’est important d’en être conscient et de le rappeler. Ça me fait penser à l’épisode 6 du podcast sur les erreurs à éviter quand on signe un contrat, avec une juriste, pour éviter de s’embarquer dans la mauvaise direction. Fin de la parenthèse. Bon, on va changer un peu de sujet et aborder des trucs un peu plus sympa. Je voulais te demander, toi qui écris pour la jeunesse, mais aussi en young adult et pour les adultes. Du coup, comment tu adaptes à ta façon d’écrire? Est ce que c’est quelque chose qui est naturel pour toi ?

 

Betty: [00:17:21] Je n’ai pas vraiment de style particulier. Il y a des auteurs qui ont vraiment un style très défini, toujours la même façon d’écrire. C’est pas du tout péjoratif, mais tu les reconnais dans leur façon d’écrire. Mais moi, c’est pas vraiment le cas. J’aime bien écrire de façon différente et comme j’écris à la première personne du singulier au présent, je suis beaucoup dans l’idée que je me mets vraiment à la place de mon narrateur. Donc j’adapte mon style en général au narrateur. Donc le niveau de vocabulaire, etc. va pas mal bouger en fonction de la personne qu’est mon narrateur.

 

Ingrid: [00:18:18] Le vocabulaire, mais pas forcément le style, parce que tu restes dans quelque chose d’assez à la portée de tout le monde, finalement ?

 

Betty: [00:18:27] Oui. Je n’ai pas l’impression d’avoir une façon d’écrire très reconnaissable. Il y a des choses que je vais toujours faire un peu de la même façon. Donc déjà, première personne du singulier et présent. Ça, c’est toujours le cas. Mais après, j’ai l’impression d’être un peu caméléon et de faire ou de pas faire différentes choses. C’est pour ça, je pense, que les contrats de commande, ça me va bien aussi parce que je suis assez adaptable à ce qu’on me demande et sans forcément apposer ma patte à moi.

 

Ingrid: [00:19:03] C’est vrai que je n’en ai pas parlé, mais tu écris dans des genres très variés. Parce qu’entre Les demoiselles d’honneur préfèrent les kilts, on est plus sur du feelgood. Chromatopia, c’est de l’imaginaire. De la fantasy ?

 

Betty: [00:19:19] Pas vraiment, mais c’est médiéval. C’est assez dystopique.

 

Ingrid: [00:19:25] Puis la jeunesse. C’est vrai que c’est drôle que tu puisses utiliser le présent et la première personne à chaque fois !

 

Betty: [00:19:36] C’est vrai qu’en France, ce n’était pas très développé et ces dernières années, ça s’est beaucoup développé avec notamment le young adult qui est pas mal venu sur le devant de la scène. Moi, c’est un truc qui me correspond. Enfin, c’est comme ça que j’aime écrire, ce truc d’avoir l’impression d’être au plus proche de mes personnages et de mon narrateur et moi, c’est vraiment l’aspect psycho qui m’intéresse quand j’écris. Donc, ça me convient bien d’écrire comme ça.

 

Ingrid: [00:20:15] L’immersion pour le lecteur est encore plus intense quand on écrit comme ça, je suppose.

 

Betty: [00:20:21] C’est l’impression que j’ai en tout cas quand j’écris vraiment au plus proche de l’action parce qu’il n’y a pas de filtre. Il n’y a pas d’intermédiaire, on va dire, entre le narrateur et moi.

 

Ingrid: [00:20:35] C’est intéressant, parce que c’est pas forcément un style qu’on voit beaucoup. Un peu plus en young adult parce que c’est un peu plus moderne. Je me dis aussi qu’on est influencé par ce qu’on a lu. Et moi, j’ai très peu lu de romans à la première personne. Finalement, ça n’aide pas. Du coup, au niveau de ces livres que tu écris, qui sont des livres dont vous êtes le héros, etc. Ça, ça m’intrigue un peu parce que c’est quand même assez éloigné, je pense, de l’écriture de fiction. Il y a aussi tout un côté logique, j’imagine. Comment ça t’est venu?

 

Betty: [00:21:16] Alors moi, en fait, au moment où j’ai quitté ma précédente carrière pour me mettre à temps plein sur l’écriture, j’ai eu un passage où pendant 2 ans, j’ai été maître du jeu dans un escape game et donc je me suis pas mal passionnée pour les escape game. J’en ai fait beaucoup. Je crois, plus de 80. Donc c’est un truc que j’aime vraiment bien. Et du coup, le côté jeux de piste, énigmes, etc. je l’ai beaucoup décortiqué. J’ai un peu baigné dans ce milieu là, avec d’autres personnes assez passionnées par le jeu, par le jeu de rôle, etc. J’écrivais aussi des Murder Party, d’abord pour des événements perso et ensuite j’en ai fait aussi pour des événements pro. Et du coup, je me suis dit pourquoi ne pas allier les deux ? Je savais que les livres-jeux, les livres dont vous êtes le héros revenaient un peu à la mode, justement grâce aux escape game. Et donc, j’ai commencé à démarcher des maisons d’édition avec cette double casquette-là parce qu’il y a peu d’auteurs qui sont formés et capables de faire à la fois l’aspect littéraire et l’aspect, justement, logique. Et ça a très bien marché puisque j’ai eu 2-3 propositions assez vite sur le sujet et du coup, c’est comme ça que je suis rentrée là dedans. Après, je me suis formée seule parce que les maisons d’édition elles-mêmes ne savaient pas vraiment comment faire. Donc voilà, j’ai acheté des bouquins, j’ai essayé de me former seule. Alors pour le coup, c’est beaucoup, beaucoup de préparation. Là, les synopsis, c’est vraiment très, très détaillé, avec un logiciel spécial pour faire des arborescences avec plein de choses comme ça à côté. Et d’ailleurs, j’en ai fait une master class qui sort très bientôt dans l’école de Cécile Duquenne (L’école d’écriture 2.0). Sur justement l’initiation à l’écriture interactive. Ça s’appelle donc « comment écrire des livres-jeux, des livres dont vous êtes le héros, et puis, plus globalement, de l’écriture interactive avec des choix dans le texte ».

 

Ingrid: [00:23:57] Génial, on mettra le lien dans l’épisode. Super, c’est très intéressant parce que là, effectivement, la dimension n’est plus du tout la même, comme tu dis. Je ne connaissais pas les logiciels ! Effectivement, ça semble logique quand on l’entend comme ça. Et donc, une question qui me tenait à cœur. C’était ton engagement au sein de la Ligue des auteurs professionnels. Comment ça t’es venu?

 

Betty: [00:24:30] Avant d’écrire, j’avais une carrière dans la politique et j’ai toujours été assez engagée et militante, plutôt côté social, écologie, etc. Et en fait, dès que j’ai commencé à m’intéresser au milieu littéraire, à vouloir entrer dedans, je suis passée par l’aspect réseaux sociaux et je suis assez vite tombé sur les réseaux sociaux d’auteurs assez engagés. Je pense notamment à Samantha Bailly, à l’époque, à la Charte des auteurs illustrateurs jeunesse donc j’ai pas mal suivi tout ça. Il y a eu notamment, mais je crois que c’était en 2018 ou 2017, le début de Paye ton auteur, un mouvement justement pour protester contre le fait que les auteurs en salon ne sont pas payés. Et du coup, avant même d’être publiée, j’étais déjà sensibilisée à pas mal de choses sur tout ce qui ne va pas dans le milieu. Et assez logiquement, dès que j’ai été publiée, j’ai voulu rentrer et aider, on va dire dans ce type d’organisation, ça correspondait à la création de la Ligue des auteurs, donc je me suis tout de suite portée volontaire pour aider. Et puis, au bout d’un an, il y a eu les élections. Je me suis présentée, donc je suis rentrée au conseil d’administration. Et me voilà un an et demi plus tard, toujours là, il y a toujours autant de boulot, voire plus !

 

Ingrid: [00:26:16] Et par exemple, sur quoi vous travaillez ? Ou plutôt sur quoi travailles-tu ?

 

Betty: [00:26:24] Alors là, pendant un an, on a travaillé sur des lives. C’était un jeudi soir sur deux sur Twitch. On a fait 25 lives, sur la situation des auteurs, le statut des auteurs… Et on a invité des juristes, des spécialistes, des auteurs, d’autres organisations professionnelles pour parler pendant une heure et demie de tous ces sujets, avec des petites vidéos explicatives qui sont toujours disponibles sur des points précis du droit d’auteur. Moi, je me suis beaucoup occupée de l’organisation de ces lives. C’est ma voix qu’on entend dans les vidéos. En bref, il y a eu pas mal de choses comme ça. C’était super intéressant, mais extrêmement prenant parce qu’une vidéo toutes les deux semaines, 1h30 de live tous les deux semaines, il faut quand même y arriver. Là, en ce moment, on travaille sur un document qui est : Les 30 propositions qu’on fait pour les candidats à la présidentielle. 30 propositions sur comment améliorer le statut des auteurs et plus largement, comment améliorer la situation dans le milieu artistique et littéraire. Donc, voilà, en ce moment, on sort une proposition par jour pendant 30 jours pour montrer un peu la vraie situation et comment l’améliorer. Quelles sont les propositions pour ça ? Et puis, forcément, avec une enquête qui est sortie dans la presse sur la question du harcèlement sexuel dans le milieu de l’édition, je me suis pas mal impliquée sur ce dossier là. Il y a des choses qui se passent avec d’autres organisations de professionnels, notamment côté éditeurs. Du côté des salons aussi. Il y a des réflexions qui s’engagent dans des propositions, qui se font des groupes de travail. Donc pas mal de boulot aussi sur ce sujet !

 

Ingrid: [00:28:32] C’est un vaste programme et c’est vrai qu’on voit qu’il y a encore beaucoup de travail, donc merci pour nous, pour les auteurs. De toute façon, je partagerai dans le podcast les liens pour aller retrouver les live Twitch et suivre et soutenir la Ligue. Et qu’est ce qu’on peut faire, nous, auteurs, pour vous aider ou pour soutenir la Ligue?

 

Betty: [00:28:57] Déjà, adhérer, si c’est possible, parce qu’on a quelques petites conditions. En général, il faut avoir publié au moins un livre, mais ça peut être aussi de l’auto édition, donc il n’y a pas de souci et l’adhésion n’est vraiment pas chère. On est à 15 euros actuellement pour l’année. Beaucoup d’autres organisations sont plutôt au dessus de 50 euros. On y va doucement sur les cotisations à adhérer pour qu’on aie le plus de monde possible. Et puis ne pas hésiter à relayer ce qu’on fait, ce qu’on dit. Et en tant qu’auteur, un truc très important pour moi, c’est que quand on se retrouve dans la situation de négocier un contrat, par exemple, il faut toujours penser qu’on ne négocie pas que pour soi, mais pour les autres auteurs qui arrivent derrière. Et c’est très important de faire attention et de se renseigner sur tout ce qui est clauses abusives, sur les droits d’auteurs, sur plein de choses comme ça et d’essayer justement de faire stopper certaines pratiques des éditeurs qui se disent « On a toujours fait comme ça » parce que personne ne leur a dit « moi, je n’accepte pas cette condition ». Donc c’est important d’essayer de tirer tout le monde vers le haut en tirant son propre contrat vers le haut !

 

Ingrid: [00:30:31] Et pour être passé par là, quelle galère quand on est le petit auteur qui a encore soit rien, soit peu publié face à la maison d’édition, c’est vraiment difficile ! Même en étant très éduquée sur ce sujet, même en ayant consulté une juriste avant, quand on est là et qu’on doit expliquer pourquoi on n’est pas d’accord avec cette clause, c’est pas facile ! On mettra bien les liens pour vous soutenir et adhérer ! Au niveau des conseils que tu donnerais à de jeunes auteurs, on a déjà parlé du contrat, de la Ligue, mais tu en as peut-être d’autres. Que donnerais-tu comme conseil aux jeunes auteurs qui nous écoutent?

 

Betty: [00:31:14] Le premier conseil, c’est d’être patient, d’être patient avec soi-même et ses textes. Donc ne pas hésiter à les corriger, à les reprendre, à les laisser de côté si on n’est pas sûr. Et vraiment à avoir une démarche professionnelle quand on se présente aux éditeurs, et dans cette façon de le faire, tout simplement de ne pas se sentir inférieur aux éditeurs. C’est un rapport de confiance mutuelle. S’il y a un partenariat, il n’y a pas de lien de subordination. Donc nous, on arrive avec l’œuvre, ce qui n’est pas rien. Et donc, effectivement, il faut prendre un peu confiance en soi et en son oeuvre. Si un éditeur est intéressé, c’est qu’il a ses raisons et que le contenu vaut le coup. Donc voilà, il faut défendre sa vision de son oeuvre comme on peut. Et puis, je dirais qu’il est important de bien s’entourer, dans le sens où il ne faut pas rester seul dans son coin. Aujourd’hui, on a les réseaux sociaux qui sont assez développés et il y a beaucoup d’entraide entre entre les auteurs. Donc voilà, il ne faut pas hésiter à poser des questions, à demander de l’aide et à ne pas vraiment rester seul face à ces problématiques.

 

Ingrid: [00:32:48] Et c’est un très bon conseil, effectivement, ça m’inspire une dernière question bonus : je trouve que sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de choses qui se passent et en général positives, l’entraide, comme tu dis. Il y a plein de personnes publiques qui partagent leurs conseils, leurs expériences, etc. Mais il y a aussi un état d’esprit un peu bizarre quand on voit peut être ses collègues qui sont tous en train de publier et que nous, on n’avance pas ou qu’on a un truc qui tombe à l’eau. Ça peut aussi avoir un revers de médaille. Je sais que tu es active sur Twitter, est-ce que tu as vécu ça? Et comment faire d’après toi pour y échapper ?

 

Betty: [00:33:28] Oui, c’est un peu compliqué. C’est vrai que ça peut être un problème parce qu’on peut se dire que des choses sont un peu injustes. Après, honnêtement, je me rends compte d’ailleurs pas mal sur Twitter qu’il y a beaucoup de gens qui brassent beaucoup de vent dans leur façon de communiquer, justement pour gérer leurs propres insécurités. Et on a l’impression d’être face à des gens qui réussissent absolument tout, qui sont hyper sûrs d’eux de leur façon d’écrire, etc. Et quand on creuse un peu, on se rend compte que non, pas forcément ou qu’il n’y a pas forcément beaucoup de choses qui sont sorties ou que ça n’a pas forcément lieu d’être vu comme merveilleux. Donc voilà, faire un peu attention à ceux qui, justement, vont peut être dans des situations où ils ont envie d’aider, mais pas pour les bonnes raisons. Plus pour se rehausser que pour vraiment aider. Et puis, comme je disais, il faut être patient. Il y a des choses qui arrivent plus tard, d’autres gens qui ont la chance d’avoir des super réussites tout de suite. Il y a suffisamment de place dans ce milieu pour tout le monde, à partir du moment où on travaille suffisamment, en tout cas, il y a de la place. Donc voilà, il ne faut pas se dire que parce que untel aura réussi à sortir un bouquin dans la maison d’édition rêvée, que cette maison d’édition rêvée va fermer ses soumissions et ne plus jamais prendre notre bouquin !

 

Ingrid: [00:35:00] J’adore ce conseil. Je suis tellement d’accord avec toi. Les questions qu’on me pose sont souvent : « j’ai l’impression que Untel a déjà écrit telle idée et c’était mon idée. » Et ce que j’essaye de leur dire, c’est que l’idée, c’est 1% du livre finalement et que tout ce qu’on va faire d’autre, l’histoire, les personnages, notre ton, notre style, ça fera le reste. Et c’est OK. Merci beaucoup, Betty pour ces pour ces bons conseils. Alors, quelle va être ton actualité dans les mois à venir ?

 

Betty: [00:35:27] Alors déjà, pour cette fin d’année? Ouais. Dans quelques jours, il y a la masterclass qui sort sur l’école d’écriture de Cécile Duquenne, sur l’écriture interactive. Et ensuite, normalement, je ne sais pas encore quand exactement parce qu’on est en train de finir les corrections. Mais très prochainement, il devrait y avoir une série sur Rocambole, qui s’appelle Le serment interdit et qui est de l’anticipation en mode polar un peu futuriste. Voilà pour mes projets d’ici la fin de l’année !

 

Ingrid: [00:36:03] Ça fait déjà pas mal. On va tout suivre avec attention, surtout sur Rocambole. J’aime beaucoup l’appli et j’ai d’ailleurs consacré un épisode à Rocambole. Je remettrai le lien aussi pour ceux qui ne l’ont pas suivi. Merci beaucoup Betty. En tout cas, je pense que tes conseils vont vraiment aider les auteurs en herbe et les convaincre que quand on bosse et qu’on est patient, ça marche !

 

Betty: [00:36:26] C’est ça, tout à fait.

 

Retrouve les livres de Betty 

Et ses réseaux sociaux

Le compte Twitch de la Ligue des auteurs professionnels

La masterclass sur l’écriture interactive (coming soon)

La table ronde des Imaginales : Vidéo sur Facebook

Et le discours de Betty, que je voulais faire figurer ici : Lire sur Fantastiqueer

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